Après Jeunes Agriculteurs, la Coordination le 5 janvier et avant la Confédération Paysanne, la FNSEA a été reçue à Matignon le 6 janvier par le Premier ministre Sébastien Lecornu. Elle demande notamment la mise en place d’une loi d’exception agricole.

C’est avec l’intention que le gouvernement passe enfin aux actes comme Sébastien Lecornu s’y était engagé dans une lettre ouverte adressée aux agriculteurs le 4 janvier au soir que la délégation de la FNSEA conduite par son président Arnaud Rousseau* s’est rendue à l’Hôtel de Matignon le 6 janvier. L’objectif était clair : repartir avec un calendrier d’actions qui puisse « faire avancer les dossiers ». Au cours de cet entretien qui a duré plus de deux heures, la FNSEA a évoqué, la « crise de vision et de stratégie » sur le secteur, « la crise économique qui frappe de nombreux domaines » et aussi « la crise de confiance dans la parole publique », a indiqué Arnaud Rousseau.
La délégation de la FNSEA a esquissé les contours de ce qui pourrait être une future loi spéciale sur l’agriculture. L’objectif est de « faire sauter des verrous » juridiques, comme ce fut le cas pour la reconstruction de Notre-Dame. Déposée en urgence le 24 avril 2019 elle a été votée le 11 juillet et promulguée le 29 juillet suivant. « Il y a des mesures urgentes à prendre et nous attendons des actes », a insisté Arnaud Rousseau.
Tenir les engagements
Car le syndicat majoritaire s’agace d’entendre les grandes paroles qui ne sont pas suivies d’effet. « Même si nous sommes conscients que tout ne se fait pas d’un claquement de doigts », Arnaud Rousseau n’en peut plus du « déclaratif », comme il l’a précisé lors d’une rencontre avec la presse avant son rendez-vous avec Sébastien Lecornu. Il y a beaucoup de « dossiers en souffrance » comme celui des retenues d’eau, instruits depuis « quatre, cinq ans ou plus qui n’ont pas vu un coup de pelle ». Le président de la FNSEA cite également le plan de souveraineté des fruits et légumes mis en place en avril 2024. « Il a été abondé la première année et depuis plus rien », a observé Arnaud Rousseau.
Il fustige aussi le manque d’action du gouvernement sur le plan protéines, mis en place en 2019 sur une base de partenariat public-privé, d’une durée de 10 ans et pour un montant global de 100 millions d’euros. « La part de l’État (5 millions d’euros par an**) au titre de l’année 2024 a été versée… en décembre 2025 », s’est irrité Arnaud Rousseau qui presse le gouvernement de publier les décrets d’application de la loi Duplomb, les arrêtés sur la prédation, appliquer le plan viticole ou encore de préciser les éléments techniques de la Mesure d’ajustement carbone aux frontières. « Les engagements pris doivent être tenus », a-t-il insisté. Les dossiers du Mercosur (lire encadré) et de la PAC ont également été évoqués au cours des échanges. Ce que souhaite aussi la FNSEA, c’est « une vision de l’agriculture pour la France et l’Europe », avait martelé, peu avant sa rencontre avec Sébastien Lecornu, le président de la FNSEA lors d’une rencontre avec la presse. Le Premier ministre a assuré qu’il ferait des propositions pour le vendredi 9 janvier.
Christophe Soulard
(*) Il était accompagné du secrétaire général Hervé Lapie ; du premier vice-président, Jérôme Despey ; du président de l’AGPB (blé), Éric Thirouin ; du président de la FNPL (lait), Yohann Barbe et du président de la FNB (bovins), Patrick Bénézit.
(**) La filière végétale verse également 5 millions d’euros par an.
Lecornu promet de préciser sa feuille de route d’ici vendredi
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a promis d’annoncer d’ici ce vendredi 9 janvier « les mesures qu’il entend très concrètement mettre en place » pour répondre aux revendications des agriculteurs, a affirmé le 6 janvier la FNSEA. À l’issue d’une réunion à Matignon, le président de l’organisation, Arnaud Rousseau, a dit espérer voir « clarifier » les détails de ces « mesures d’urgence attendues qui sont rappelées depuis très longtemps par la FNSEA ». Il a mentionné les dossiers de l’assurance prairies, de la viticulture, de la taxe carbone aux frontières (MACF), mais aussi les décrets d’application de la loi Entraves qui prévoit notamment des mesures de simplification administrative. Le Premier ministre aurait également confirmé son intérêt pour travailler sur la question du stockage de l’eau, qui fait partie des thèmes que la FNSEA voudrait voir figurer dans une « loi spéciale » d’ici cet été. Lors d’un point avec la presse quelques heures avant cet entretien, Arnaud Rousseau a indiqué que la FNSEA se mobilisera probablement la semaine prochaine si une majorité était trouvée à Bruxelles pour adopter l’accord UE-Mercosur le 9 janvier. Les manifestations viseraient probablement la grande distribution et la restauration dans toute la France. Dans un second temps, une manifestation se prépare à Strasbourg le 19 janvier, avec d’autres organisations agricoles européennes.
PAC : von der Leyen propose une rallonge pour apaiser la grogne agricole
À la veille d’une réunion exceptionnelle à Bruxelles entre les ministres de l’Agriculteurs et la Commission européenne, sa présidente Ursula von der Leyen propose dans une lettre du 6 janvier une rallonge de 45 milliards d’euros pour la future PAC. Elle suggère un amendement à sa proposition de cadre financier pluriannuel 2028-2034 pour que les États membres « aient accès, lors de la soumission de leur plan initial, à deux tiers maximum du montant normalement disponible pour l’examen à mi-parcours (en 2030). Cela représente environ 45 milliards d’euros mobilisables immédiatement pour soutenir les agriculteurs ». Ces fonds ne seront pas soumis à l’inflation. Dans sa proposition actuelle, pour la prochaine PAC Bruxelles prévoit une enveloppe minimale de 300 Mrds€ soit une baisse d’environ 20 % par rapport au budget actuel. De plus la présidente de la Commission ouvre la porte à une utilisation des fonds prévus pour l’« objectif rural » (10 % du budget communautaire) pour des mesures agricoles, ce qui n’était pas le cas pour l’instant. Le développement rural pourrait donc bénéficier de 48,7 Mrds€ dans ce cadre. Ursula von der Leyen affirme que ces instruments apporteront « un soutien sans précédent, parfois même supérieur à celui du cycle budgétaire ». Le think tank agricole Farm Europe prévient que cette proposition reste une simple « possibilité, pas une garantie pour les agriculteurs qui devront la sécuriser dans les décisions de chaque État membre de l’UE ». Pour la France, « pas un seul centime ne doit manquer » par rapport au budget actuel. Elle pousse en ce sens, avec l’Italie notamment. Et le ministère de l’Agriculture « nourrit de bons espoirs » d’y parvenir. Paris espère aussi obtenir des garanties pour empêcher une renationalisation de la future PAC.
Mercosur : la France espère encore faire bouger les lignes au niveau européen
La France espère bien être encore en mesure d’obtenir la suspension du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) et le renforcement de la mesure de sauvegarde dans le cadre de l’accord UE-Mercosur. Le MACF sera l’une des demandes principales que poussera la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, le 7 janvier à l’occasion de la réunion politique extraordinaire avec ses homologues européens. Selon le ministère, la France est à la manœuvre pour obtenir le ralliement d’autres États membres à sa coalition et ainsi forcer la décision de Bruxelles. Actuellement, la position française est soutenue par la Pologne, l’Italie, l’Autriche, le Portugal, la Hongrie, la Roumanie et l’Irlande. Parallèlement, bien que n’étant pas officiellement à l’ordre du jour, la question de l’accord commercial UE-Mercosur devrait sans doute être soulevée. Interrogé sur la question, le ministère de l’Agriculture estime qu’il n’est pas exclu que pour faciliter son adoption, l’accord sur la sauvegarde agricole puisse encore évoluer dans le sens demandé initialement par le Parlement européen. Mais Paris demande aussi la prise de mesures miroirs pour les denrées animales et végétales exportées vers l’UE ainsi qu’un renforcement et un accroissement des contrôles aux frontières.
Mercosur : mobilisation attendue à Strasbourg les 19, 20 et 21 janvier
Si l’Italie avait soutenu la France en décembre dernier contre le Mercosur, « elle est maintenant en train de lâcher », a indiqué Arnaud Rousseau, sur le perron de Matignon. La minorité de blocage attendue pour le Sommet des chefs d’État et de Gouvernement prévue les 10 et 11 janvier ne devrait pas être réunie pour stopper la signature du Mercosur, prévue le 12 janvier.
Il restera alors aux agriculteurs à faire pression sur le Parlement européen qui lui peut refuser de ratifier cet accord de libre-échange. C’est pourquoi la FNSEA envisage une action syndicale au pied du Parlement européen à l’occasion de la plénière des 19, 20 et 21 janvier à Strasbourg.
En attendant, le réseau FNSEA est resté mobilisé sur le dossier du Mercosur, avec une cinquantaine de départements qui ont effectué des rassemblements devant les préfectures, des rencontres avec les préfets, des opérations de bâchage pour sensibiliser les citoyens, des feux de la colère ou encore ont contrôlé des grandes surfaces et des zones portuaires.
