Cochon : un atout maître pour l’humanité ?

Reims La Marne Agricole Cochon : un atout maître pour l'humanité ? Dans son dernier ouvrage, le chercheur Sébastien Abis propose une analyse prospective fascinante du porc. Bien plus qu'une simple ressource alimentaire, cet animal s'impose comme un pilier stratégique de nos transitions écologiques, médicales et géopolitiques mondiales.
Chaque seconde, 47 cochons sont abattus sur la planète pour répondre à une quête insatiable de protéines accessibles, faisant du porc la protéine la moins chère du marché. Photo d'archives La Marne Agricole Ferme Marne Foire de Châons © Richard Cremonini

Dans son dernier ouvrage, le chercheur Sébastien Abis propose une analyse prospective fascinante du porc. Bien plus qu’une simple ressource alimentaire, cet animal s’impose comme un pilier stratégique de nos transitions écologiques, médicales et géopolitiques mondiales.

Reims La Marne Agricole Cochon : un atout maître pour l'humanité ?Dans son dernier ouvrage, le chercheur Sébastien Abis propose une analyse prospective fascinante du porc. Bien plus qu'une simple ressource alimentaire, cet animal s'impose comme un pilier stratégique de nos transitions écologiques, médicales et géopolitiques mondiales.
Chaque seconde, 47 cochons sont abattus sur la planète pour répondre à une quête insatiable de protéines accessibles, faisant du porc la protéine la moins chère du marché. Photo d’archives La Marne Agricole : la Ferme Marne à la 80e Foire de Châlons © Richard Cremonini

Spécialiste reconnu de la géopolitique mondiale, directeur du club Demeter et chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), Sébastien Abis signe avec Tout est (enfin) bon dans le cochon* une enquête qui bouscule nos préjugés. L’auteur nous invite à redécouvrir un animal qui, loin d’être une simple relique de notre passé paysan, incarne la trajectoire de notre mondialisation contemporaine. La réalité statistique présentée est sans appel : en cinquante ans, la consommation mondiale de porc a été multipliée par quatre. Chaque seconde, 47 cochons sont abattus sur la planète pour répondre à une quête insatiable de protéines accessibles, faisant du porc la protéine la moins chère du marché.

La Chine domine

Dans ce paysage mondialisé, la Chine domine outrageusement les débats. Elle pèse pour la moitié de la consommation mondiale et abrite la moitié des plus grandes entreprises du secteur. Pour le Parti communiste chinois, le prix du porc est devenu un indice de cohésion urbaine et de stabilité sociale aussi crucial que le prix du pain peut l’être dans d’autres régions du monde. Si l’Europe connaît une certaine stabilité de consommation, elle reste un acteur clé avec des modèles industriels puissants comme celui du Danemark ou de la France. En France, la Bretagne concentre à elle seule 60 % de la production nationale, témoignant d’une spécialisation territoriale intense entamée dans les années 1960. L’auteur souligne également que 70 % du coût de production d’un porc repose sur son alimentation, soulignant la dépendance de la filière aux marchés des matières premières.

Le cochon, vecteur de transitions

Mais le propos de Sébastien Abis va bien au-delà de la simple géoéconomie du jambon. Il démontre que la célèbre maxime populaire est devenue une réalité industrielle et écologique incontournable sous l’angle de la circularité. Le porc est aujourd’hui un vecteur de transition énergétique. Son lisier, longtemps perçu comme une nuisance environnementale, est désormais revalorisé en fertilisant vert pour les cultures ou utilisé dans des processus de méthanisation pour produire du biogaz. Cette valorisation des déchets permet d’envisager une souveraineté renouvelée, notamment en matière d’engrais, un sujet devenu hautement géopolitique. L’animal se rapproche également de l’homme par des voies scientifiques inattendues. Sa proximité génétique en fait un allié précieux de la médecine moderne, offrant des solutions thérapeutiques et de recherche pour la santé humaine. Même les soies de porc, autrefois cantonnées à la fabrication de brosses, trouvent une nouvelle vie dans l’industrie des fibres durables.

“Tirelire du futur”

Enfin, Sébastien Abis, fidèle à sa méthode de prospectiviste, projette son analyse vers l’horizon 2050. Il imagine un monde où la population mondiale, plus nombreuse et exigeante, devra composer avec des équilibres religieux modifiés : Les musulmans pourraient alors représenter un tiers de l’humanité, ce qui constitue une rupture majeure pour les filières porcines. L’auteur pousse la réflexion jusqu’à imaginer des innovations surprenantes comme le « Dyspo-Pig », un cochon domestique d’extérieur qui assurerait le nettoyage des déchets à domicile. En somme, l’ouvrage démontre que le porc n’est pas seulement un produit de masse, mais un marqueur des tensions entre progrès et prudence, qu’il est un facteur de la sécurité alimentaire et un pourvoyeur sanitaire presque inévitable. Sébastien Abis réussit le tour de force de transformer un sujet trivial en une leçon de géopolitique et de durabilité, prouvant que le cochon est bel et bien la « tirelire du futur ».

(*) Tout est (enfin) bon dans le cochon – Sébastien Abis – Éditions Armand Colin – 200 pages – 19,90 euros